Il invoque cependant diverses fautes de Monsieur C. pour être relevé et garanti des condamnations prononcées au profit de Madame L. et pour obtenir en sus des dommages et intérêts en réparation de son préjudice propre. Il reproche ainsi au vétérinaire un manquement à son obligation d'information, une faute consistant dans le fait d'avoir passé sous silence des problèmes physiques et, subsidiairement, la légèreté blâmable avec laquelle il a délivré un certificat de complaisance.


Il est constant qu'à l'époque de la vente, le 20 décembre 2005, le docteur vétérinaire Gilles C. a procédé, à la demande de Monsieur M., à une visite de la jument M. et qu'il a établi un compte-rendu d'examen de santé mentionnant:
"jument cagneuse, suros canon antérieur gauche face interne froid" et concluant à une "absence d'élément significatif de risque".

Selon le rapport du Docteur L., la jument, qui était lors de l'expertise dans le même état qu'à l'époque de la vente, présente de très sévères défauts d'aplombs, des membres antérieurs très cagneux, une asymétrie des hanches et un suros très important sur la face interne du membre antérieur gauche "à la limite de nécessiter une intervention chirurgicale pour pouvoir pratiquer un travail intensif en concours de sauts d'obstacles".


L'expert indique que devant ces défauts très apparents, des examens complémentaires étaient nécessaires avant de pouvoir se prononcer pour conseiller un achat, dans la mesure où l'on savait que cet achat était destiné à un usage intensif pour le concours de sauts d'obstacles.

Il précise que si le Docteur C. a réalisé des radios, il n'a pas fait de clichés au niveau du suros alors qu'il s'agit de l'un des défauts les plus lourds de la jument et que son affirmation relative à une "absence d'éléments significatifs de risque" pourrait être qualifiée de légère si elle n'était pas replacée dans son contexte. Il ajoute que "la visite du Docteur C. n'éclairait pas suffisamment Madame L. sur les qualités et les défauts de son achat" et que "la visite d'achat telle qu'elle a été faite par le Docteur C. ne pouvait que la conforter dans le désir d'un achat rapide.


Il résulte de ces constatations et analyses de l'expert que le Docteur C. n'a pas fourni dans son compte-rendu d'examen une information complète sur l'état de la jument et qu'il a agi avec légèreté en mentionnant une absence d'élément significatif de risque sans avoir réalisé de radiographie du suros, alors même qu'il savait que le cheval était destiné aux concours de sauts d'obstacles, cette précision étant indiquée dans son compte rendu.

Il est constant que son compte-rendu a été porté à la connaissance de Madame L. et il n'est donc pas contestable, comme l'expert l'indique, qu'il a joué un rôle déterminant dans la décision de cette dernière d'acquérir l'animal pour l'offrir à sa fille.


Le contexte dans lequel le Docteur C. est intervenu n'est pas de nature à excuser le caractère incomplet de son compte-rendu de santé.

En premier lieu, la circonstance que M. ait reçu les soins d'un vétérinaire ostéopathe le 30 mai 2005, soit 7 mois avant la vente, ne pouvait pas le dispenser d'un examen sérieux de la jument et d'un compte-rendu reflétant la réalité de son état de santé.


En second lieu, les lacunes de son examen ne peuvent pas trouver une justification dans le fait qu'il a été réalisé "dans le cadre d'une visite de vente et non d'achat". Il n'est pas admissible en effet qu'un vétérinaire donne un avis plus ou moins complet, selon qu'il est sollicité par le vendeur ou par l'acquéreur. Si l'expert a évoqué cette question, il n'a pas précisé qu'il existait une différence d'exigence entre ces deux cas, contrairement à ce que prétend Monsieur C., mais il a indiqué que l' "on peut espérer qu'il n'y a pas de différence de qualité d'exigence entre une visite d'achat et une visite de vente; néanmoins cette position de rigueur est un idéal difficile à atteindre lorsqu'on est soumis à la pression d'un client habituel...". La facture du Docteur C. du 31 décembre 2005 comporte d'ailleurs la désignation suivante; "visite d'achat vices rédhibitoires", ce qui implique d'une part, que le vétérinaire ne faisait pas alors de différence entre un examen de vente ou d'achat, d'autre part qu'il savait que le cheval allait être vendu et enfin que sa visite était destinée à renseigner sur l'existence de vices susceptibles d'affecter la validité de la vente.


En conséquence, par la délivrance d'un compte rendu ne renseignant pas suffisamment l'acquéreur sur l'état du cheval, le Docteur C. a fait preuve de légèreté blâmable.


Il a ainsi concouru à la réalisation de la vente de la jument présentant des défauts, dont la nature et la gravité n'étaient pas décelables pour un non professionnel comme Madame L. et il a donc contribué à la réalisation du préjudice de cette dernière.


Toutefois, sa responsabilité dans ce préjudice est partagée avec Monsieur M. qui, en sa qualité de professionnel, n'ignorait pas les vices présentés par sa jument. L'expert indique en effet de manière catégorique et sans être contredit utilement que ces vices n'étaient cachés que pour un non-professionnel du cheval; Philippe M. était donc à même d'appréhender la nature des défauts de sa jument et leurs conséquences sur son aptitude à participer à des concours de sauts d'obstacles. Dès lors, si le compte-rendu d'examen du Docteur C. lui a permis de réaliser la vente en confortant Madame L. dans son désir d'acheter son cheval, il pouvait pas s'en remettre à ce compte-rendu dont il connaissait nécessairement l'insuffisance.


Les fautes de Philippe M. et de Gilles C. ayant ainsi concouru également à la réalisation du préjudice de Madame L., il y a lieu de condamner Gilles C. à relever et garantir Philippe M. pour la moitié des condamnations prononcées à son encontre au bénéfice de Madame L. au titre des dommages et intérêts et de l'article 700 du code de procédure civile, ainsi qu'en ce qui concerne la moitié des dépens de première instance.

Pour les mêmes motifs tenant au caractère apparent des vices pour un professionnel, Monsieur M. est mal fondé à reprocher au Docteur C. un manquement à son obligation d'information à son égard et à se prévaloir d'un préjudice personnel résultant de la résolution de la vente.

Il convient en conséquence de débouter Monsieur M. de ses demandes en dommages et intérêts pour perte de chance présentées contre le Docteur C..