Le premier juge a exactement rappelé les dispositions de l'article L 321-13 alinéa 1er du code rural relatives aux conditions permettant de bénéficier d'une créance de salaire différé et il a justement retenu, au vu des attestations de témoins et de l'attestation d'exploitation versées aux débats, que Guy B. avait travaillé sur l'exploitation de ses parents à compter de l'année 1952. Il a en outre considéré à juste titre que Guy B. n'avait pas reçu de rémunération de son travail jusqu'au 1er août 1955, date de son départ pour effectuer son service militaire, dès lors qu'étant né le 31 août 1934, il était encore mineur durant cette période compte tenu de l'âge de la majorité alors en vigueur et que l'examen de cette situation permet d'en tirer la présomption qu'il n'était pas associé aux bénéfices de l'exploitation et qu'il ne percevait pas de salaire en contrepartie de sa collaboration.

La demande de salaire différé est donc justifiée, non pas à compter du 1er janvier 1952, mais à partir du 31 août 1952, date à laquelle Guy B. a atteint l'âge de 18 ans, jusqu'au 1" août 1955.

Après la fin de sa période de service national, le 7 octobre 1957, les attestations susvisées confirment que Guy B. a recommencé à travailler avec ses parents. Il résulte cependant de son relevé de carrière émanant de la CRAM et de ses bulletins de paye, qu'il était alors salarié dans le cadre du régime général, ce qui permet d'établir que son travail sur l'exploitation de ses parents ne lui procurait pas de revenus pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Ses bulletins de salaire faisant apparaître qu'il travaillait comme journalier à la minoterie de L. quatre jours par semaine à raison de 9 heures par jour, sa participation à l'exploitation agricole familiale était nécessairement partielle, de sorte que la créance de salaire différé à laquelle il peut prétendre à compter du 1" octobre 1957 ne peut être que partielle à concurrence de 20 %.

Enfin, le relevé de carrière de la CRAM montre qu'à partir de l'année 1963, les salaires perçus par Guy B. dans le cadre du régime général ont connu une diminution sensible.

Dès lors, en l'absence d'explication sur ses moyens d'existence et ceux de sa famille, il y a lieu de déduire de cette constatation qu'il participait alors davantage à l'exploitation agricole de ses parents et qu'il était associé à leurs bénéfices dont rien ne démontre qu'ils étaient insuffisants, voire même inexistants.
 

Il convient donc de dire que Guy B. a droit à une créance de salaire différé au taux plein pour la période du 31 août 1952 au 1" août 1955 et au taux de 20 % du 1cc octobre 1957 au 31 décembre 1962. C'est en conséquence en fonction de ces périodes et de ces taux que l'expert désigné par le tribunal devra fournir les éléments permettant de fixer cette créance.